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Les voyages du Mayero

Je voudrais être une fourmi

Voyage 2001

Mots-clés : nuisibles, Grèce, police,douanes

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La jeune femme qui visiblement, s’occupe de tout, a l’air plutôt stricte et sévère. Après un bon moment, elle me demande ce que je veux. J’essaie autant que faire se peut d’être précis. Elle me déclare que ce n’est pas le bon jour pour ce type d ’affaire: nous sommes un samedi et bien sûr le samedi elle ne s’occupe pas des plaisanciers… Mais bon, elle va faire une exception. Comme par hasard, les deux personnes qui passent juste avant nous font partie de cette exception. À en juger par le temps qu’il faut pour satisfaire à leur demande, je conseille prudemment aux jeunes qui m’accompagnent de vaquer à leurs occupations. L’intérêt pédagogique de la situation ne m’apparaît plus aussi probant: l’ennui, de mon point de vue, n’a jamais été une bonne méthode d’apprentissage… Je fais bien, car l’attente sera longue, très longue. Il y a bien trois autres fonctionnaires qui tournent dans le bureau d’accueil assez exigu, mais aucun d’entre eux ne se sent concerné par le travail en cours. Ils n’ont même pas un regard pour nous . Le plus galonné se déplace à la vitesse d’un paresseux endormi. Il semble quand même se réveiller pour mettre la climatisation et pour signer les rares papiers que notre interlocutrice lui présente. Les deux autres fument des cigarettes, téléphonent parfois, mais ne répondent pas aux appels extérieurs. L’un d’eux essaye vaguement de régler la vidéo-surveillance, dont l’image saute tout le temps, sans succès d’ailleurs. Il n’insiste pas.

Bref, quand ils ont fini de bousculer la jeune femme pour qu’elle aille chercher par exemple un hypothétique dossier dans les arrières boutiques ou un stylo laissé dans un bureau voisin, ils décident d’aller discuter dans une salle attenante autour d’un bon café.

Nous sommes moins performants que les fourmis…

Une fourmiDans le monde des fourmis décrit par Weber, il y a un tiers de la population qui travaille, un tiers qui fait semblant de s’activer et le dernier tiers qui ne fait rien.

Je suis donc heureux de vous apprendre que, d’après mes propres observations, dans un poste de police grec, cette organisation sociale ne s’applique pas aux humains. Dans nos sociétés modernes, la proportion de ceux qui ne font rien est sans doute beaucoup plus importante. En effet, dans le cas présent, seul un salarié était occupé. Si mes calculs sont exacts, le rapport était donc de un pour quatre. Encore faut-il faire abstraction de tous ceux qui comme moi attendaient … Pour être tout à fait précis dans l’analyse de cette situation, il faut signaler que les hommes ne travaillaient pas et que la seule personne active était une femme. Je ne voudrais pas en tirer des conclusions hâtives : cela se passait en Grèce, donc loin de chez nous et qui plus est dans une administration très particulière…

Reste qu’il était essentiel de poser la question du sens même de l’action: toute cette énergie débordante sert-elle à quelque chose? Malheureusement, j’ai bien peur de vous décevoir. Selon mon point de vue, ce travail n’apparaît pas réellement positif: il est destiné à faire payer de lourdes taxes aux plaisanciers et surtout à leur confier un «livre» avec des cases partout . Ce «livre» devra être présenté par les propriétaires de bateau, dans chaque port, aux postes de «portpolice » qui ont pour mission de les faire attendre dans un bureau exigu dans le but avoué de mettre un tampon dans une des cases.

Faut-il désespérer du genre humain?

Sommes-nous vraiment en Europe où la libre circulation des hommes et des biens est devenue la règle? Cessons là notre mauvais esprit ! et revenons donc à notre histoire: mon tour arrive. Je fais quelques remarques à mon interlocutrice besogneuse sur le bien-fondé de la démarche. Bien sûr je reste courtois et mon ton n’est ni acerbe ni ironique.. Et alors qu’elle ne semblait guère montrer d’intérêt pour mes propos, elle me remet les papiers signés et surprise! elle m’affuble d’un long sourire et me remercie pour ma patience!

Comme quoi, s’il faut parfois désespérer du genre humain, il faut sans doute croire à la gente féminine!

Jean-Marie

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