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Les voyages du Mayero

Loin des yeux , loin du coeur

Voyage 2001

Mots-clés : chantier, Grèce, armement hivernage, prévéza, vie à bord

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Quand des amis bien intentionnés me posent l’inévitable question «Alors tu n’es pas inquiet à l’idée de laisser Mayéro si loin et si longtemps?» , j’ai une réponse toute préparée. Je me drape dans ma dignité et déclare tout de go «Il n’y a rien à craindre. Le chantier est bien gardé. Un bateau à sec risque peu de se retrouver au fond de l’eau( ce qui n’est pas négligeable). La coque en polyester a moins de chance d’être atteinte par l’osmose. Un seul souci majeur, le tremblement de terre dans cette région du monde: mais mon copain Georges, qui en a vécu un à bord de son bateau dans un chantier voisin du nôtre, m’a affirmé qu’il n’y avait aucun danger!»

En général, l’auditoire médusé devant tant d’assurance n’ insiste pas. Et c’est mieux ainsi: ce type d’échange a plutôt tendance à réveiller mes vieilles inquiétudes. Pour me rassurer, je refais pour la énième fois, discrètement, le check-list de ce que je devais faire avant de quitter le Mayéro. Et selon l’état d’esprit du moment, les doutes sont chassés ou au contraire subsistent.

Nous aurons beau faire, il y aura toujours un oubli…

InsecteDe toute façon il est impossible de tout anticiper et la belle liste qui guide tous les travaux de préparation à l’hivernage ne peut être totalement exhaustive, même si elle s’appuie sur les expériences des années précédentes. Nous aurons beau faire, il y aura toujours quelque oubli dans l’exécution des tâches. Il est quasiment impossible de penser à tout. Par exemple, prenons sur cette liste, la ligne « enlever et vérifier les piles des appareils du bord »: il y a les 2 réveils, la radio portable, la BLU (récepteur des radios marines), les montres, les calculatrices, les lampes torches, les piles rechargeables qu’il faut recharger à bloc, celles qu’il faut absolument décharger, le loch de secours, etc… etc… Si bien que l’année suivante il est inévitable de retrouver un appareil abîmé parce qu’une pile oubliée a coulé.

Autre exemple, la ligne «vider les boîtes et bidons alimentaires de leur contenu ». Apparemment cela est assez simple à réaliser. C’est sans compter la boîte numéro 5 du coffre C babord qui a décidé justement d’échapper à notre attention, Nous la retrouvons l’année suivante pleine de charançons. C’est aussi le morceau de pain coincé derrière les paniers à légumes qui pendant une année durant va nourrir une colonie de cafards ou autres insectes indésirables.

À la ligne «ensacher les vêtements et ranger le linge de bord après l’avoir lavé», tout parait simple. Il suffit de respecter les consignes de la femme du bord. Et pourtant cette année, un hublot défaillant a provoqué une fuite importante juste audessus du coffre où étaient rangés les serviettes, les torchons, les draps,et tutti frutti. La surprise très désagréable n’a pas été facile à vivre par un équipage très soucieux de la qualité du linge de bateau: moisissures, tissus abîmés voire inutilisables…etc…

Et pourtant nous tenons compte des enseignements…

Jean-Marie vernit les bois extérieursTous les ans de nouvelles lignes viennent se rajouter à une liste déjà fort longue, pour tenir compte des enseignements tirés de ces désagréments. Ainsi, depuis l’année dernière nous bouchons systématiquement tous les orifices du bateau avec des bouchons (sauf les sorties de cockpit évidemment , qui permettent à l’eau de s’évacuer de cet endroit). En effet pendant l’hiver 2000-2001 une colonie de guêpes avait élu domicile dans le passe coque de la prise d’eau de mer pour le refroidissement du moteur : d’où quelques frayeurs quand nous l’avons remis en marche. Autre exemple, la chaîne d’ancre, que nous avons l’habitude de rincer à l’eau douce et de laisser pendre le long du bateau , pour éviter qu’elle ne rouille dans la baille à mouillage: hé bien il faut se méfier des rats qui savent l’utiliser comme escalier pour aller grignoter tout ce qui se trouve dans la cambuse ou même ailleurs…

Mais les vrais ennemis de la tranquillité sont ailleurs…

Dessin de Nicolas : les rats dans le bateauMalgré tout, ces quelques exemples assez désagréables à vivre sur le moment ne sont pourtant pas les pires, car un marin expérimenté et organisé saura ,à la longue ,y remédier. Les vrais ennemis de la tranquillité sont ailleurs. Il y a d’abord les méfaits du temps, de l’immobilisme et de la corrosion conjugués. Tous les rinçages du monde à l’eau douce ne peuvent suffire: il n’est pas rare de retrouver ses winches bloqués, le moteur hors bord inutilisable , par suite de la rupture d’une durite qui n’a pas supporté l’hiver, ou un réservoir d’eau douce qui fuit comme un panier percé au premier remplissage, car un joint d’étanchéité a trop séché. Mais il y a surtout la confiance mal placée dans les services du mécanicien , auquel vous avez tout laissé par écrit en anglais, en grec, avec dessins à l’appui , en couleurs qui plus est. Il s’était engagé à maintenir les batteries en charge, à aérer le bateau et à démarrer le moteur tous les mois. De mémoire de marin,à chaque fois que j’ai décidé de confier Mayéro à un professionnel, je n’ai jamais eu la chance de retrouver mes batteries pleines et les travaux bien exécutés et cela, quelque soit le pays. Par contre les factures ont toujours été soigneusement rédigées à partir d’un inventaire virtuel bien tenu à jour…

Mayéro se vengerait-il de l’avoir laisser seul?

Sans doute faut-il quelque peu atténuer ces propos en repensant à tous les petits travaux que nous effectuons quand nous vivons régulièrement à bord, travaux qui permettent de maintenir le bateau en état. Mais quoiqu’il en soit, les mauvaises surprises au retour de plusieurs mois d’absence sont inévitables, comme si le Mayéro voulait se venger de l’avoir laisser trop longtemps seul ou dans des mains peu attentionnées.

Chantal et Jean-Marie

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