Menu
Les voyages du Mayero

L'art de la navigation heureuse

Voyage 2016

Mots-clés : Saronique (mer), randonnée pédestre, recettes

Je souhaite être informé(e) de vos prochaines publications

2) Ne pas se donner de programme serré à long terme. Je sais, je sais , les grecs ont un adage « se laisser porter par les vents , c’est être indécis et c’est un signe de faiblesse. » Mais il ne s’agit pas de se laisser aller, au contraire. L’objectif est clair : profiter au maximum du temps qui passe tout en étant sur l’eau… Et surtout se poser, se reposer, déposer sa carcasse un tant soit peu…

3) Profiter des rencontres avec des équipages amis pour partager de bons moments autour d’un ouzo, ses mezzés surprises et de plats délicieux concoctés amoureusement par les cooks du bord. Essayer d’éviter les sujets franchouillards qui rappellent trop la vie quotidienne ou ceux qui fâchent, même si certains de vos amis sont capables de créer la polémique à propos de n’importe quel thème abordé.

4) Choisir des livres qui ne prennent pas la tête : c’est bien à moi de conseiller cela, alors que je viens de m’enquiller 1300 pages indigestes d’Anne Marie Garat … Si un bouquin ne vous agrée pas, choisir le suivant avec beaucoup de soin pour retrouver vite le goût de la lecture. ( Prêt avec recommandation expresse d’un(e) ami(e) par exemple ou bon vieux polar de Leo Malet…)

5) Se déplacer le plus possible à la voile mais ne pas hésiter à mettre le moteur en dessous de 2 nds sans toutefois alors dépasser les 5 nœuds pour continuer de pêcher à la traîne, même si le résultat de votre opiniâtreté n’est pas souvent à la hauteur de vos espérances. La pêche est inhérente à la vie en bateau : elle occupe l’esprit intelligemment et permet d’engueuler copieusement les bateaux de location qui pour frimer leurs copines viennent nous raser et ensuite couper le sillage et arracher les lignes. C’est désagréable de perdre ses engins de pêche mais franchement cela détend de réagir, surtout quand les nanas prennent leur bain de soleil à l’avant du voilier, à l’image des pubs de marchands de rêve…

6) Choisir des mouillages bien abrités et ajouter pour la tranquillité une bonne longueur de chaîne au minimum recommandé. Bon parfois, c’est difficile à appliquer. C’est ce qui nous est arrivé lors du coup de torchon sur Poros où nous aurions du rajouter au moins dix mètres de chaîne supplémentaires pour être plus sereins. Mais malheureusement toute règle a ses exceptions et dans ce cas précis il nous était impossible de rallonger le mouillage, au risque de se retrouver dans celui du voisin ou dans les bouées de l’aire de jeu du ski nautique… Comme quoi il faut s’adapter même si par la suite il faut subir un sacré coup de stress !

7) Se trouver des eaux suffisamment saines pour se baigner à tire-larigot, faire sa vaisselle (voire une partie de sa cuisine ) à l’eau de mer. J’avoue que cette règle n’est pas toujours facile à appliquer : il ne faut pas se leurrer sur la qualité sanitaire de certaines eaux méditerranéennes et en particulier grecques.

8) Ne pas hésiter à revenir à des endroits connus mais sympas même si certains équipages de rencontre vous font la moue sur le peu d’ambition de votre navigation.

9) Ne pas chercher à affronter les vents et les mers trop forts, même si votre image de vieux loup de mer intraitable en prend un vieux coup. Il y a suffisamment d’excités sur la mer pendant ces moments-là pour leur laisser l’apanage de leur gloriole et leurs exagérations inévitables lors des apéros à terre.

10) Respecter strictement les rites de la vie du bord ; remonter l’annexe et son moteur dès que le vent forcit ; saisir la bôme et les drisses pour éviter les grincements et claquements amplifiés par le mat, liés aux mouvements intempestifs de la houle ou les rafales inévitables d’Eole ; ne pas oublier de remplir le réservoir du hors bord ; installer rapidement le taud de soleil au-dessus du cockpit ; ne pas se laisser déborder par le bazar et ranger tout ce qui peut voler en cas de vague traîtresse ou de survente soudaine ; prévoir des réserves conséquentes pour faire face à plusieurs jours d’isolement à bord par suite d’un coup de vent durable qui empêche tout débarquement à terre ( ce qui arrive plus souvent que le pense le commun des mortels).

11) Avoir un bateau dans un état optimum pour s’éviter le maximum de galères qui interrompent parfois de façon définitive la quiétude indispensable à la réalisation de l’objectif premier.Tenir à jour la liste des travaux à effectuer et surtout se donner les moyens de la réduire en consacrant régulièrement un moment pour réaliser une ou plusieurs tâches pointées.

12) Maintenir à bord une ambiance d’enfer entre les membres d’équipage : c’est préférable dans tous les cas mais surtout dans celui où il doit rester confiner plusieurs jours de suite dans l’intérieur de cet espace restreint. Pour se faire, bien régler les différends au fur et à mesure de leur apparition et surtout accepter avec humour, voire bonne humeur, les petits travers de l’autre ou des autres…

13) Ne pas s’embarrasser avec des obligations liées trop souvent aux désirs d’équipages de rencontre, souvent francophones, qui pensent que le seul moyen de sortir de leur isolement est de retrouver leurs compatriotes au détriment de toute autre expérience intéressante avec les autochtones ou autres, présents dans ces belles eaux grecques. D’accord ce défaut est largement partagé par nombre de personnes sur l’eau : ainsi il n’est pas facile de créer les conditions de dialogue avec certains habitants du nord de l’Europe, avec les propriétaires des gros Amel ou ceux des grosses vedettes qui embarquent des marins asiatiques. Mais l’exception est possible et je me souviens de cet homme à l’aube de la retraite qui nous avait reçu à bord d’un Juncker de 20 mètres et qui nous avait confié qu’il allait changer pour un 22 mètres l’année suivante pour profiter au mieux des plaisirs du bateau. Ou de celui ci, grec, qui venait de faire l’aller retour Mésolonghi Zanthe pour satisfaire sa jeune compagne en recherchant à compléter le service à thé du bord, suite à la perte accidentelle d’une tasse à la mer. Conscient qu’avec son bateau cigare il venait de dépenser des centaines de fois le prix de l’objet perdu, il m’avait confié qu’à son âge respectable, avoir une jeune épouse impliquait forcément des sacrifices… Ou encore ce breton sur un vieil Amel dans le Nord Tunisien qui m’avait conseillé en me voyant submergé par les trouvailles des enfants du bord « d’éliminer…éliminer… » et joignant le geste à la parole il sortait de son voilier un nombre impressionnant de trésors qu’il destinait aux poubelles du port ! Comme quoi tout est possible, dès que nous sommes disponibles.

14) Chaque jour, dans la mesure du possible, prendre son bâton de marche et se balader le long des côtes et dans l’arrière pays pour maintenir la forme et faciliter les rencontres avec les gens du cru. Il convient de mettre dans son sac un petit opuscule de photos représentatives de votre vie quotidienne au pays: c’est un vrai sésame qui permet de dépasser la barrière des langues. Nous qui vivons dans une ferme et élevons quelques bêtes, ce n’est pas difficile ensuite de créer de nouvelles relations.

15) Prendre du recul par rapport à l’événementiel. Bien sûr depuis quelques années nous avons accès à Internet et cela est bien pratique pour suivre nos affaires, continuer à entretenir nos amitiés et alimenter notre site. Toutefois nous évitons au maximum de tomber dans l’info immédiate et préférons de loin découvrir la presse plusieurs semaines après sa parution et surtout nous consacrer aux livres historiques , concernant par exemple le berceau méditerranéen…

16) Enfin se donner le temps de flemmarder: c’est le plus difficile tant les activités autour du bateau sont prenantes. A moins de vivre en ermite dans le fond d’une baie pendant 15 jours et de n’avoir aucun sens de la mécanique, du bricolage, de la cuisine, aucun goût pour la lecture, l’amitié, la rencontre, la randonnée, c’est possible. Nous avons rencontré cette espèce assez rare notamment lors de notre passage dans le sud de la Sicile: un couple sur un alu de Tarare est resté 3 semaines loin de tout à Syracuse et n’a touché terre qu’à une seule reprise pour faire de l’eau et accessoirement nous saluer car nous naviguions dans les mêmes eaux depuis Trapani.

Il n'y a pas encore de commentaire, mais laissez le vôtre !

Les commentaires sont clôturés pour éviter le spam. Veuillez utiliser le formulaire de contact si vous souhaitez nous envoyer un petit mot.

« »